Analyse│La sûreté, un enjeu stratégique majeur pour les entreprises

Lilian LAUGERATExpert en gestion des risques sûreté

Les entreprises ont trop souvent tendance à considérer les mesures de sûreté comme des coûts obligatoires. Elles devraient au contraire les envisager comme un investissement nécessaire et indispensable pour protéger leurs salariés et assurer leur image de marque face à des menaces réelles.

En France, les entreprises peinent à mettre en œuvre une véritable culture de la sûreté, c’est à dire des plans, des procédures et des moyens concrets pour se prémunir contre des actions malveillantes qui pourraient être perpétrées à leur égard. Aujourd’hui, peu de dirigeants sont à même d’expliquer concrètement ce qu’ils ont mis en place pour protéger leur entreprise dans son ensemble.

Cette réalité est d’autant plus criante lorsque survient un événement malveillant : cyber-attaque, fraude au président ou encore attentat terroriste. Outre la mise en danger des salariés ou des clients, ces phénomènes laissent des traces durables, pour ne pas dire indélébiles auprès de l’opinion publique.

Comment en arrive-t-on là ? La plupart du temps, car les mesures de sûreté ne sont pas encore considérées à leur juste importance au sein des entreprises.

Sortir de la seule logique des coûts

La preuve la plus flagrante de ce manque de considération : la majorité des consultations et appels d’offres affichent le prix comme critère principal de sélection des prestations de sûreté / sécurité. Au même titre qu’une simple assurance multirisques, les entreprises ont tendance à y souscrire par obligation, en cherchant les moins “disantes” sans vraiment se soucier de ce qu’elles englobent réellement. En résumé, dans l’esprit des dirigeants, les prestations de sûreté / sécurité représentent un coût. Elles devraient au contraire être considérées comme un investissement utile et indispensable pour protéger leurs salariés et assurer leur image de marque face à des menaces réelles.

En effet, parmi les devoirs stratégiques d’une Direction se trouve l’obligation de protéger le personnel. La responsabilité des entreprises est aujourd’hui un enjeu majeur. Par ailleurs,  l’entreprise doit veiller à son image et à sa notoriété qui font partie de son capital immatériel. La réputation a en effet des impacts directs sur la confiance accordée par les clients et en conséquence sur le volume d’affaires. Qu’une institution ne soit pas capable d’apporter la preuve qu’elle a mis en œuvre tous les moyens nécessaires pour prévenir la réalisation d’un risque ou d’un incident, n’est pas acceptable par l’opinion. Même lorsque la solution est apportée rapidement au problème, le public retient le défaut d’anticipation.

Ainsi, outre la protection indispensable du personnel, mettre en oeuvre une véritable culture sûreté, c’est aussi préserver la stabilité commerciale et financière de l’entreprise.

Outre la protection indispensable du personnel, mettre en oeuvre une véritable culture sûreté, c’est aussi préserver la stabilité commerciale et financière de l’entreprise.

Entrer dans une logique d’investissement

Il est donc temps pour les dirigeants de changer d’état d’esprit et de remettre la sûreté au cœur de la stratégie des entreprises et des institutions. Cela revient à choisir ses partenaires sécurité et sûreté dans une logique de performance et non pas de coût. Tout l’enjeu est de trouver l’équilibre entre rentabilité et sécurité globale pour entrer dans une logique d’investissement.

Tout l’enjeu est de trouver l’équilibre entre rentabilité et sécurité globale pour entrer dans une logique d’investissement.

Considérés à leur juste place, ces partenaires pourront auditer finement tous les risques et les menaces qui pèsent sur l’entreprise : qu’ils soient internes (sociaux, techniques, organisationnels, financiers, etc.) ou externes (politiques, environnementaux, commerciaux, liés à la production, à la sous-traitance, aux partenariats, au marché, etc). Les mesures de sûreté qui ressortiront de cet audit impliqueront pour l’entreprise d’y affecter toutes les ressources techniques, financières, et humaines nécessaires. Par ailleurs, les mesures devront être intégrées à tous les niveaux des processus décisionnels : de la R&D au développement commercial, de la conception de la stratégie à son application sur le terrain.